Pierre Cannet (Blue-Search Conseil) : « Tout DRH doit comprendre le digital »

« Transformation digitale » : voilà le mot totem de ce printemps 2013, l’étendard d’une armée de décideurs économiques, le viatique pour une croissance future.  Si chacun, ou presque, est convaincu de la nécessité de « digitaliser » son activité, les chemins pour y parvenir ne sont pas tracés. 
Blue search - Pierre Cannet
Le contraste entre le discours incantatoire et la réalisation hésitante de cette digitalisation est illustrée par une intéressante étude réalisée en février 2013  par Opinion Way pour le compte de l’Innovation Factory. En effet, alors que les dirigeants interrogés indiquent croire aux opportunités qu’implique le digital, ils restent 66%, soit deux tiers d’entre eux, à ne pas envisager de former leurs cadres aux outils digitaux tels que les réseaux sociaux ou le e-CRM. Pourtant,  penser le développement d’une entreprise sans mobiliser les moyens (financiers, humains, logistiques, ….) nécessaires à cette mutation conduit à se réfugier dans le monde confortable de l’utopie « irréalisable ».

La transformation digitale serait-elle avant tout tirée vers le haut par les usages des consommateurs qui adoptent un à un « le  deuxième écran »,  « le paiement mobile »,  « la géolocalisation via applications mobiles » et découvrent  les charmes du multicanal ? Les entreprises par secousses  successives, deux pas en avant et un pas en arrière, tentent de s’adapter. Les ressources humaines dédiées au digital restent rares malgré les moyens mobilisés par tous (formation initiale et continue, mobilité interne, communication employeurs), alors même que de nouveaux besoins de compétences spécialisées apparaissent, en particulier dans le monde du e-commerce et de la distribution multicanal.

La position de Blue-search conseil, aux confluents entre l’offre et la demande de main d’œuvre qualifiée, nous permet de repérer les « poches de pénurie » et  les métiers de demain. Premier constat : la recherche de cadres informatiques experts et managers est toujours aussi complexe et plus particulièrement encore lorsqu’il s’agit de trouver des développeurs et des chefs de projet web et mobile. En outre, la montée en puissance du multicanal impacte fortement  les besoins des entreprises. Si les experts de l’acquisition on line sont toujours très demandés, les plus recherchés sont avant tout les professionnels de la fidélisation, de la data et du marketing relationnel multicanal.

Troisième constat, les entreprises du digital ont besoin d’experts  et de managers de projets et d’équipes pour développer leur activité en France mais aussi dans les pays voisins (Europe) ou plus éloignés (Asie, Amériques). Enfin, la pénurie de talents touche désormais les postes d’acheteurs France et International demandés en particulier par les sites de ventes privées pour des catégories de plus en plus larges de produits (luxe, mode, textile, cosmétiques, etc.) et de services (billetterie, voyages, etc.). Pour relever ces enjeux de sourcing, les DRH ont clairement un rôle majeur à jouer.

Résumons  donc :

Principe 1 : le 21ème siècle sera digital ou ne sera pas

Principe 2 : le DRH, qu’il soit en charge des effectifs d’un « pure player » ou de ceux d’une entreprise plus traditionnelle doit comprendre le digital, ses métiers, ses us et coutumes.

Principe 3 : sans le moteur RH, la transformation digitale d’une entreprise parait difficile voire impossible.

La FEVAD, qui organise le 27 Juin un chapelet de conférences sur les « enjeux » du e-commerce a pris l’initiative de consacrer l’une d’entre elles au « capital humain ». Une belle idée qui permettra de mélanger rêves de croissance et réalités opérationnelles et d’identifier « best practices » et leviers à activer pour « digitaliser » une organisation.

Comment une entreprise peut-elle se « digitaliser » si elle ne trouve pas les bonne ressources ? Quels sont les métiers pénuriques et les métiers d’avenir ? Quelle place donner aux cadres de l’économie numérique dans l’organisation ? Comment les rémunérer et quels sont les leviers à activer pour les faire « grandir » et les  fidéliser ? J’aurai, pour répondre à ces questions,  le plaisir d’accueillir autour de cette table ronde dont je suis l’animateur,  Christine LANOE (Orange), Alexandre COLLINET  (Le bon coin), Philippe TAMPEREAU (Club Med )  et Pingki Houang (Showroomprive.com).

Ce sera l’occasion de donner contenu et sens à cette belle, mais parfois un peu creuse, devise : « il n’est de richesse que d’hommes ».

Pierre Cannet est PDG du cabinet Blue-Search Conseil. Il animera la table ronde « La guerre des talents au cœur des stratégies RH » lors des Enjeux E-Commerce 2013 de la FEVAD qui se tiendront le 27 juin prochain à Paris.

Autorisation de la vente de médicaments sur Internet : attention aux effets secondaires

C’est par une ordonnance du 19 décembre 2012 et un décret du 1er janvier 2013 qu’a été autorisé en France « le commerce électronique de médicaments ». La France avait en effet pour obligation de transposer, avant fin 2012, la directive européenne du 8 juin 2011 autorisant la vente de médicaments sur internet.

La directive prévoit que les Etats-membres peuvent imposer des conditions justifiées par la protection de la santé publique. L’ordonnance précise que la vente devra notamment être « réalisée à partir du site internet d’une officine de pharmacie » et est limitée au « pharmacien titulaire d’une officine ». La création du site est soumise à autorisation du Directeur général de l’Agence régionale de santé, et information du Conseil de l’ordre des pharmaciens. Concernant les médicaments, il ne pourra s’agir que des OTC (over the counter), soit une liste limitative de médicaments pouvant être présentés en accès direct au public en officine, plus restrictive que les médicaments non soumis à prescription obligatoire.

Le 14 février, le Conseil d’Etat, saisi en référé-suspension par un pharmacien afin de déterminer si cette limitation est conforme à la directive, a prononcé « la suspension de l’exécution de l’article L. 5125-34 du code de la santé publique en tant qu’il ne limite pas aux seuls médicaments soumis à prescription obligatoire l’interdiction de faire l’objet de l’activité de commerce électronique », et ce jusqu’à ce que le Conseil d’Etat, ait statué au contentieux sur sa légalité.

De son côté, l’Ordre national des pharmaciens rappelle que sur internet, le pharmacien « reste soumis aux mêmes règles déontologiques et professionnelles» et que tout médicament délivré en ligne doit l’être « exclusivement sous le contrôle effectif d’un pharmacien ». Il faudra donc déterminer comment ce dernier pourra fournir des conseils suffisants au regard de ses règles professionnelles (fiches, chat, formulaires, etc…). D’autre part, s’agissant de sites sensibles, en raison de la distribution de médicaments et des traitements de données à caractère personnel impliqués, la sécurisation du site et la confidentialité des échanges entre le pharmacien et le patient sont incontournables lors de la mise en place d’un tel projet.

Enfin, l’ordonnance vise également le cas des acteurs étrangers du secteur ciblant les consommateurs français, en précisant que les personnes habilitées à vendre des médicaments dans d’autres pays de l’UE devront respecter les dispositions relatives aux catégories de médicaments dont la vente est autorisée en France. Enfin, il convient de noter qu’un logo de reconnaissance doit également être prochainement créé par les autorités européennes.

Eric Barbry et Katharina Berbett

Katharina Berbett est avocate et Eric Barbry, avocat directeur du pôle Droit du numérique. Tous deux exercent au sein du cabinet Alain Bensoussan. Cette tribune a été initialement publiée dans le numéro de janvier 2013 de Stratégie Internet.

 

Le potentiel social des RSE encore peu exploité

Si les entreprises ont massivement engagé des projets de réseau social interne, leurs usages évoluent lentement et elles n’exploitent qu’une faible partie du potentiel des technologies sociales. Face à l’ampleur des terrains à investir, chacun dessine son futur à sa manière, en tenant compte de son histoire, de sa culture et de son envie d’évoluer. 

Dans son processus de transformation, l’entreprise dit « de toute part » vouloir être 2.0. Une étape d’un processus long. Elle le dit parce qu’elle est à la recherche de valeurs fédératrices, d’autonomie (pour les employés) et de modernité, tout comme elle adhère aux principes de développement durable, de collaboration, d’agilité… Ce sont des bénéfices a plus court terme qui la convaincront définitivement. Le terrain est favorable, mais la route est longue.

Les entreprises ont adopté les réseaux sociaux sans pour autant en voir la valeur ajoutée, mais elles sont convaincues de ce que cela leur apportera à terme. La majorité des usages sont proches de ceux existant sur les intranet collaboratifs ; seuls quelques îlots dans l’entreprise ouvrent la voie à de nouvelles pratiques prometteuses.

En cela, elles ont créé de la continuité en adoptant les plates-formes sociales comme technologies standards, commençant par se les approprier avant de changer les habitudes. Les précurseurs, eux, avaient directement franchis le pas. Les entreprises auraient pu rejeter le 2.0 et revenir aux plates-formes traditionnelles faute de résultat flagrant.

Le défi de l’adhésion 

Il est désormais courant de créer des communautés extra-professionnelles ou des communautés de pratiques autour de métiers transversaux dans l’organisation. Ces approches fonctionnent. Les premières constituent un contexte sans pression et permettent de familiariser les collaborateurs à cette nouvelle sociabilité. En revanche, il est difficile ensuite de les faire évoluer vers un usage utile au métier de l’entreprise (au-delà du lien social engendré). Les secondes nécessitent d’obtenir l’adhésion d’une masse critique d’utilisateurs pour créer de la  valeur ; cela nécessite du temps et de la ténacité, ce que n’ont pas toutes les communautés naissantes.

Il est bien compris aujourd’hui, que la manière dont ces approches sont initiées va jouer un rôle important dans l’adhésion. Une communauté décrétée par l’autorité reste une unité organisationnelle supplémentaire et, pour cette raison, ne suscitera pas d’engagement supplémentaire. Une communauté créée spontanément par quelques acteurs, réussissant à fédérer d’autres, faisant donc preuve de leadership, sera beaucoup plus fructueuse.

Bénéfices directs et gamification 

Fort de ces constats, les entreprises cherchent de nouvelles approches pour réussir à faire émerger des communautés et une mise en réseau plus large dans l’entreprise. Ces approches s’appuient sur l’apport de bénéfices directs pour l’utilisateur et ce, immédiatement sans dépendre de l’adhésion des collègues. La gestion de productivité, nouvelle formule pour gérer ses activités (temps, information, tâches), permet à chacun de trouver cet intérêt immédiat recherché.

Ensuite, ces activités étant communes avec d’autres, le partage se fait naturellement et, par mimétisme, d’autres emboîtent le pas et permettent une mise en réseau et la création d’espaces conversationnels. La gamification est également un moyen de créer un intérêt individuel rapide à travers le challenge personnel de glaner des badges, de progresser, le tout dans un contexte d’émulation collective.

L’auteur : Arnaud Rayrole est directeur général de Lecko, société de conseil en organisation et nouvelles technologies. Toutes nos formations RSE et réseaux sociaux