Twitter : veille, vidéo et curation

La bataille entre les deux géants du social media, Facebook et Twitter, continue de faire rage. Ces derniers mois, c’est Twitter qui occupe le terrain des innovations. Quelles sont-elles ? Quels bénéfices en tirer ? Quelle mutation plus profonde annoncent-elles ?

Nouvelle stratégie de recrutement ou simple optimisation face au flux de plus en plus important d’informations sur le réseau ? Force est de constater que Twitter étoffe la dimension « veille » de son offre. Le réseau propose en effet à ses utilisateurs d’envoyer des tweets par mail aux membres comme aux non-inscrits. Cette fonctionnalité se matérialise par l’apparition d’un bouton « Plus » à côté des boutons plus connus « Répondre », « Retweeter » et « Favoris ». Le mail généré est envoyé depuis le compte Twitter de l’expéditeur.

Au-delà de l’élargissement des points de contact qui s’opère avec cette nouvelle fonctionnalité, Twitter ne se limite plus au texte et mise désormais sur le visuel. Cette nouvelle orientation se traduit par une curation plus évidente des contenus de type image et vidéo, mais également par la transformation récente des profils. Dans cette démarche, les applications de photo et vidéo mobile ont eu, et conservent, un rôle important à l’instar de Vine, lancée fin janvier.

Vine : le tweet vidéo qui fait parler de lui

Vine est une application iPhone qui permet de réaliser des films de 6 secondes partageables sur le réseau social éponyme ainsi que sur Twitter (incubateur de la start-up à l’origine du projet). Une fois publiées, ces vidéos s’apparentent à des gifs animés : elles tournent en boucle. Cette application permet d’enrichir le tweet traditionnel et offre un nouvel éventail d’opportunités aux marques et aux médias. Pour optimiser son utilisation, il convient de respecter certaines règles. La longueur de la vidéo nécessite un travail de scénarisation en amont de la capture.

L’enregistrement, qui se déclenche au contact du doigt sur l’écran, n’est pas nécessairement continu, il est donc possible de travailler la mise en scène du film. Le son peut être utilisé mais il est préférable de l’éviter sans compter qu’il doit vous appartenir. Le format de Vine doit être pensé comme un format idéal de teasing ou comme un visuel de catalogue enrichi. Certaines marques comme Gap, Toyota ou encore Calvin Klein ont déjà testé le concept. Attention cependant, l’application n’est pas compatible avec Facebook. En effet, le réseau a préféré développer sa propre application vidéo disponible depuis quelques jours sur la version mobile de son site.

Un nouvel algorithme de recherche 

Autre nouveauté, Twitter vient de mettre en place un algorithme qui permet, lors d’une recherche,  de classer les tweets sur la page de résultats en fonction du score que le réseau leur attribue. Ce score dépend, entre autres, de l’engagement généré par le tweet et du nombre d’abonnés du compte émetteur. Le niveau de maturité du compte émetteur sera également important. En effet, plus le profil sera complet, plus il sera noté favorablement.

Ayant désormais atteint une taille suffisante et cherchant à monétiser cette audience, Twitter entend ainsi pousser les entreprises à utiliser les tweets sponsorisés qui bénéficieront d’un score plus élevé que la moyenne tout en facilitant la curation d’un point de vue « utilisateur ». Les plus petits acteurs risquent donc de souffrir de cette nouvelle mise à jour qui promet de réduire encore un peu plus leur visibilité.

A la recherche d’un business model efficace

Ce nouvel algorithme permet à Twitter de consolider son business model. Le réseau semble par ailleurs abandonner l’esprit « open source » qui le caractérisait pour se tourner vers une approche plus maîtrisée des partenariats possibles. Les innovations autour du réseau sont donc méticuleusement sélectionnées et jalousement  gardées. Vine en est la preuve, au même titre que la récente acquisition de Bluefin Labs, acteur traitant et analysant les données liées à la Social TV. En outre, cette acquisition – associée à l’investissement de Twitter sur les domaines de la curation et de la vidéo – renforce l’idée selon laquelle l’acteur chercherait à se positionner comme le réseau social de la télévision, ou plus particulièrement de l’écran compagnon.

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Big Data : le data scientist comme guide

La montée en puissance du Big Data dans les entreprises crée de nouveaux besoins et exacerbe la volonté de rationaliser les coûts et d’atteindre une forte efficacité opérationnelle. Le data scientist apparaît comme la cheville ouvrière de ces multiples défis.

La production de données par les utilisateurs entraîne, selon les estimations, un doublement du volume des données tous les 12 à 18 mois dans le monde. Issues de sources multiples (terminaux mobiles, téléviseurs connectés, lecteurs RFID…), ces données en deviennent ingérables avec les outils traditionnels de gestion de base de données. C’est le phénomène du Big Data. Parallèlement, des besoins de plus en plus saillants apparaissent dans les entreprises et les institutions : détection des fraudes (domaine de l’assurance), gestion de crise (défense), identification de nouveaux débouchés marketing et commerciaux, relation client poussée (analyse du taux d’attrition), génomique…

Un poste hybride 

Face à cette déferlante (2,5 trillions d’octets de données sont générés chaque jour), de nouvelles compétences, de nouveaux profils prennent de plus en plus de poids dans l’entreprise. C’est le cas du « data scientist », terme créé en 2008 par un ancien de Facebook et un ancien de LinkedIn.

« Le data scientist est un hybride entre un informaticien et un statisticien. Sa mission est d’introduire le big data au sein de l’entreprise, d’évangéliser. C’est un profil très complet qui doit allier intelligence émotionnelle, intuition et ouverture exacerbée face à la donnée », déclare Eric Mokemat, directeur technique d’Information Builders, éditeur de solutions de Business Intelligence et d’analytics.

Cette « ouverture exacerbée face à la donnée » le distingue du data miner ou du data analyst que nous connaissons. Car, au-delà de faire parler la masse de données pour en dégager les informations les plus pertinentes pour l’entreprise, un des principaux enjeux pour le data scientist est de travailler très en amont de l’analyse des données. « Les compétences du data scientist vont bien au-delà de l’analyse simple. Le data scientist doit être en mesure de définir la question posée, de penser les tests nécessaires à l’avancement de la réflexion et de décider de ce qui doit être comparé ou non », affirme Bertil Hatt, data scientist free lance.

Un chercheur d’or 

Comme on le voit, le profil du data scientist est très complet et riche. Le data scientist doit être capable de s’assurer de la provenance de l’information, de ce qu’elle représente et de ce qu’elle peut apporter à la gouvernance de l’entreprise. « C’est un chercheur d’or qui cherche à l’intérieur de l’entreprise mais aussi à l’extérieur, à la fois des données maîtrisées – issues des processus métier – mais aussi non-maîtrisées, issues des réseaux sociaux, du buzz… », complète Eric Mokemat (Information Builders).

Ses principales compétences sont la capacité à maîtriser la partie analytique (faire parler la donnée), la structurer et la mettre en valeur (aspect visualisation des données). Et, cerise sur le gâteau, « il doit être capable, par rapport à une question donnée, de trouver les données qui vont permettre de répondre à cette question, même si c’est contre-intuitif », ajoute Bertil Hatt.

De multiples compétences à maîtriser 

Actuellement, on estime que seules 100 personnes en France peuvent prétendre à ce titre de data scientist. « Ce profil requiert des compétences en mathématiques pour comprendre les algorithmes, en informatique pour comprendre les systèmes et des compétences métier pour comprendre la nature des informations figurant dans les bases », note de son côté Jean-Claude Muratore, directeur général de Turn, plate-forme de gestion de contenu et d’achat media.

Aux États-Unis, où la fonction prend de plus en plus d’ampleur, le secteur de la santé emploie beaucoup de data scientists. Le patient accumule en effet de plus en plus de données lors de son parcours au sein par exemple d’un établissement de santé. Pour un suivi médical pertinent et une rationalisation des coûts, ces données à la fois structurées et non-structurées, en temps réel et en différé, doivent être agrégées avec efficacité.

Pascale Hébel (CREDOC) : « Nous sommes clairement dans une phase de consommation frugale »

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Troc, made by me ou encore made in France… Quelles sont les tendances de consommation 2013 ? Pascale Hébel analyse et présente les pratiques d’achat émergentes pour CCM Benchmark. 

Dans le contexte actuel, quel est l’impact de la crise sur la consommation des ménages ?

En 2013, le niveau de consommation va baisser très fortement. Une situation qui rappelle les records atteints  en 1993. La crise économique, parce qu’elle entraîne une baisse du pouvoir d’achat depuis 5 ans, est bien évidemment à l’origine de ce déclin. La récente envolée du taux de chômage ne permet pas non plus de miser sur une sortie de crise rapide. Les prévisions les plus optimistes évoquent une reprise en 2014 au plus tôt.

En 2013, les Français vont donc reporter les achats importants (électroménager, biens durables) et vont moins consommer les biens qui relèvent de « l’achat plaisir ». Les Français se tournent plutôt vers l’épargne, le placement sans risque.

Quelles sont les pratiques d’achat émergentes ? Comment vont-elles évoluer ?

La crise actuelle fait donc évoluer les pratiques d’achat des Français. En 2013, ils prévoient d’acheter uniquement ce dont ils ont besoin et seront de plus en plus nombreux à se reporter sur le marché de l’occasion. D’autres pratiques émergent, comme le troc. Surfant sur cette tendance, certaines municipalités proposent, par exemple, des trocs de vêtements.

Le « fait maison » connait également un fort engouement auprès des consommateurs français et il est intéressant de constater que ce n’est pas uniquement pour une question de prix. En effet, le consommateur se montre de plus en plus méfiant envers les produits industriels. Les nombreux scandales auxquels ils ont été mêlés, comme récemment avec la  viande de cheval, ne font qu’entretenir cette défiance.  En outre, on dénombre beaucoup de startups se positionnant sur ce marché, avec des plates-formes d’échange de biens et de services. Enfin, les Français dépensent moins pour leurs vacances, et pour ceux qui partent, la tendance est d’organiser leur voyage eux-mêmes au lieu de s’adresser à des agences spécialisées.

Comment expliquez vous la tendance du « made in France » ?

La tendance du made in France explose, comme en 1993. En effet, lorsqu’un pays est en crise, sa population se mobilise pour sauver son industrie et consomme beaucoup plus “local”. Mais aujourd’hui, il n’est plus seulement question de protectionnisme, les Français sont également concernés par la dimension « développement durable » liée à la notion de made in France. Les consommateurs achètent “local” car cela engendre moins de pollution. Donc certes, la crise a joué un rôle dans l’essor du made in France, mais il y a aussi l’aspect écologique à prendre en compte, et c’est ce qui permettra à ce marché de se pérenniser, même lorsqu’on sortira de cette crise économique.

En conclusion, nous sommes clairement dans une phase de consommation frugale, une période de recherche de simplicité où le consommateur cherche à restreindre ses achats plaisirs et ses achats impulsifs pour se diriger vers une consommation raisonnable, une consommation de besoin.

Pascale Hébel est directrice du département consommation au CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie). Elle présentera les résultats de la dernière édition de l’étude « Les habitudes de consommation des Français » lors de la conférence « Tendances de Consommation » organisée par CCM Benchmark le 9 avril prochain.