Tablettes tactiles : pourquoi et comment se lancer

Audiences, usages, types de sites ou d’applications, langages… La remontée de la courbe d’apprentissage sur tablettes doit être commencée le plus tôt possible. Décryptage de ce nouveau marché et conseils pour se lancer.

Un an après le lancement de la première tablette tactile d’Apple, c’est l’ensemble de l’industrie high-tech qui tremble. En termes d’équipements, les tablettes commencent à cannibaliser la vente de PC fixes ou portables. Certes, les 17 millions de tablettes vendues dans le monde en 2010 sont encore loin des 350 millions de PC vendus la même année.

Mais pour 2011, les analystes prévoient la vente de 50 millions de tablettes et 200 à 250 millions d’unités par an dès 2014. Aujourd’hui, ce marché est dominé à 80 % par Apple (iPad et iPad 2), mais tous les industriels du secteur ont dans les cartons ou mettent sur le marché leur propre tablette. A l’instar des smartphones, la croissance du marché devrait ainsi s’accélérer avec l’arrivée de tablettes moins chères, orientées grand public.

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■ Une nouvelle chaîne de valeur

Au-delà des problématiques d’équipements, c’est l’ensemble de l’écosystème qui est déstabilisé. Au cours de “l’ère du PC”, la valeur d’un ordinateur dépendait essentiellement de sa puissance et de sa capacité de stockage. Désormais, avec l’ère de la “mobilité”, le produit n’a de valeur que lorsqu’il est connecté à Internet, pouvant accéder au “cloud”.

En effet, le consommateur souhaite désormais accéder à ses contenus ou services à tout moment, partout et sur n’importe quel terminal : écouter sa musique, accéder à sa page Facebook, lire ses e-mails, consulter les photos de ses dernières vacances… Et l’accès même à ce bouquet de services doit être ludique et ergonomique. C’est dans ce contexte que l’équipementier devient aussi fournisseur de contenus et de services. A l’instar de l’écosystème créé par l’Appstore d’Apple, dont la rentabilité est dix fois plus élevée que celle de la vente de ses terminaux.

■ De nouveaux usages déjà perceptibles

Les tablettes sont pour le oment principalement vendues à des consommateurs aisés qui disposent déjà d’un ordinateur. Mais comme pour les smartphones, plusieurs études ont déjà mesuré d’importants effets de substitution entre la tablette et l’ordinateur de bureau. En effet, comme l’essentiel des usages des tablettes a lieu à domicile, il est plus simple et plus rapide de surfer à partir de sa tablette plutôt que de démarrer son ordinateur.

Les effets de substitution sont particulièrement marqués pour les sites médias, les réseaux sociaux, les jeux ou les services pratiques. Par ailleurs, pour de nombreux analystes, la simplicité d’utilisation des tablettes devrait aussi être l’occasion d’intensifier les usages Internet pour des catégories de populations parfois encore sous-utilisatrices d’Internet comme les “CSP-”ou les seniors.

■ Faut-il y se lancer ?

Fin avril 2011 en France, on estime à 500 000 le nombre de tablettes vendues. On est encore donc loin des 15 millions de smartphones actifs sur le territoire et de leur trafic associé. “Pour le moment, l’audience créée par les iPads est encore marginale, mais comme pour Internet, la courbe d’apprentissage est longue et complexe. Pour certains secteurs comme les médias, les jeux vidéos ou les sites e-commerce, il est indispensable de se positionner sur ces formats dès maintenant”, estime Sébastien Berten, P-DG de Backelite.

En d’autres termes, pour les autres secteurs, se positionner sur l’iPad relève avant tout d’une logique de communication ou d’image. Dans tous les cas, être présent aujourd’hui sur les tablettes permet déjà d’acquérir de l’expérience pour se lancer ensuite efficacement, le jour où le marché aura véritablement décollé.

■ Se lancer : oui, mais comment ?

La première étape consiste déjà à vérifier si son propre site Internet est accessible à partir d’une tablette et plus particulièrement d’un iPad, terminal qui représente 90 % du trafic des tablettes à ce jour. Par exemple, si un site contient du Flash, il faut alors créer des pages spécifiques sans Flash qui seront taggées et affichées uniquement pour les visites “iPad”. De même, certaines feuilles de style sont parfois mal interprétées. Il convient alors de tester intégralement le site et de l’adapter. Mais dans la plupart des cas, les navigateurs iPad interprètent très bien les sites Web au format de l’iPad.

En possession d’une ou plusieurs applications iPhone, il convient rapidement de mettre en place a minima une application iPad spécifique et entièrement repensée d’un point de vue ergonomique pour ne pas décevoir sa cible. En effet, toutes les applications iPhone sont également accessibles depuis un iPad, mais le rendu est mauvais car pixélisé et mal adapté à la taille de l’écran. Quand le service proposé sur tablette utilise les fonctionnalités natives du terminal (géolocalisation, réalité augmentée, gyroscope, interactions avec le carnet d’adresses…), le développement ad hoc d’une application reste nécessaire.

Dans tous les autres cas, une application hybride ou un site optimisé pour l’iPad suffisent largement. Enfin, le langage HTML5 permet désormais de proposer de nouvelles fonctionnalités de type “applications riches” sans Flash. Cela évite dans bien des cas de se lancer dans le développement spécifique d’une application avec tous les coûts que cela suppose.

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■ Définir une vraie stratégie de “notifications”

Pour de nombreux spécialistes d’Internet, les newsletters commerciales ou éditoriales vont perdre de leur importance. Chez les plus jeunes, l’e-mail est en compétition avec les réseaux sociaux. Dans ce contexte, les smartphones et les tablettes proposent un nouveau format push encore sous-exploité : les notifications. “Intégrées dans une vraie logique d’eCRM, les notifications personnalisées s’avèrent extrêmement  performantes et beaucoup moins onéreuses que leur grand frère, le SMS”, estime Jérôme Stioui, P-DG d’Ad4Screen.

Pour que le système de notification soit bien pensé, il faut que l’internaute ait la main sur la personnalisation des notifications tout en étant couplé à des analyses comportementales. Dans ce  cas, l’apport de trafic grâce à ce levier peut représenter jusqu’à la moitié du trafic pour un coût dérisoire, de l’ordre de 1 à 2 euros pour 1 000 notifications personnalisées.